L'ATELIER 75
« A la fin tu es las de ce monde ancien »
Guillaume Apollinaire, « Zone »
Fragile. Au bord du monde, en équilibre précaire, des hommes, des artistes, à Vienne, au tournant des XIXème et XXème siècle vont choisir de rompre avec l’ancien monde.
Ils étouffent. Comme d’autres en Europe à cette époque. Ils étouffent. Alors ils vont tendre au siècle naissant un miroir aux reflets de vérités au vitriole, crues, incontournables.
Le 3 avril 1897, le peintre Gustav Klimt, avec, entre autre, Joseph Olbrich, Koloman Moser, Otto Wagner, ou Rodolph Bacher, crée la Wiener Sezession ou Sezessionstil. Ce qu’ils clament, c’est l’affirmation d’un art total, le désir, plus fort que tout, de montrer aux hommes ce qu’ils sont en vérité, dans une société impériale ou les codes, l’éthique sociale, les tabous, sont plus que jamais présents. Ce qu’ils veulent, c’est peindre la vie, la vraie, les frôlement des corps, les images du désir, les baisers, la violence, les fantasmes. Ce qu’ils affirment, c’est montrer ces êtres d’une incroyable faiblesse, d’une incroyable force, la mort au bord des corps, toujours, entre une tension extrême et une extrême fragilité…
C’est un coup de tonnerre dans cette Vienne là qui, elle ne le sait pas encore, précipitera bientôt malgré elle le monde dans le chaos.
Ce qui est le plus impressionnant pour moi, véritable signe de changement de cette époque, c’est qu’au moment où Gustave Klimt, Egon Schiele ou Oskar Kokoschka peignent, dans la même ville, à quelques distances d’eux, Sigmund Freud développe la psychanalyse, Arnold Schönberg compose, et qu’un peu plus au nord de l’Empire, un petite homme du nom de Franz Kafka laisse errer son ombre rieuse dans les rues de Prague.
Il y avait quelque chose dans l’air alors…
A travers les articles qui suivront, je m’efforcerai d’évoquer tel ou tel
artiste de la Sezessionstil dans ce qui pouvait trembler à la surface de leur peau, ce qu’ils témoignent d’un monde passé au filtre de la plaque sensible de leurs
émotions.
Franck COTTET
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